Les suppliciées du Rhône – Coline Gatel

Hello tout le monde ! Je devais lire ce roman depuis longtemps, je l’avais reçu sur NetGalley et il a traîné dans ma PAL numérique. Mal m’en a pris, j’aurais dû le lire plus tôt car une fois commencé, je l’ai littéralement dévoré. Alors, certes, il a quelques défauts mais pour un premier roman et qui plus est pour un polar historique, c’est plutôt réussi ! Je vous présente donc ce roman de Coline Gatel, Les suppliciées du Rhône. Il a reçu le prix du roman Kobo et a d’abord été édité en numérique avant d’être publié récemment en papier aux éditions Préludes. Merci à eux et à NetGalley !

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quatrieme_couverture

« Lyon, 1897. Alors que des corps exsangues de jeunes filles sont retrouvés dans la ville, pour la première fois des scientifiques partent à la recherche du coupable, mettant en pratique sur le terrain toutes les avancées acquises en cette fin de XIXe siècle. Autopsies des victimes, profils psychologiques des criminels, voilà ce que le professeur Alexandre Lacassagne veut imposer dans l’enquête avec son équipe, mais sait-il vraiment ce qu’il fait en nommant à sa tête Félicien Perrier, un de ses étudiants aussi brillant qu’intrigant ? Entouré d’Irina, une journaliste pseudo-polonaise, et de Bernard, un carabin cent pour cent janséniste, Félicien va dénouer, un à un, les fils enchevêtrés de cette affaire au cœur d’un Lyon de notables, d’opiomanes et de faiseuses d’anges. Jusqu’à ce que le criminel se dévoile, surprenant et inattendu, conduisant le jeune médecin au-delà de ses limites. »

L'avis

Il faut reconnaître que l’accroche du roman a attiré mon attention. Le bandeau disait : « Voici, Les Experts à Lyon en 1897, passionnant. ». Je me méfie en général des phrases trop racoleuses sur les romans mais force est de constater qu’ici, le résumé a fini de me convaincre assez facilement. Le roman commence fort avec un premier meurtre d’une jeune fille retrouvée dans une ruelle de Lyon alors que d’autres meurtres suivront… Peu après, nous nous retrouvons dans un amphi pour une autopsie menée par Alexandre Lacassagne, un des médecins fondateurs de l’anthropologie criminelle, aidé de deux jeunes étudiants, Bernard et Félicien. Le ton est donné ! Au côté de ce duo détonnant aidé par une journaliste féministe Irina, nous découvrons les prémices de la médecine légale et les balbutiements de la police scientifique. Les bases sont déjà là : isolement de la scène de crime, examen du corps, collection d’indices, portrait des victimes… Nous sommes encore loin des analyses ADN mais l’idée d’une identification possible grâce aux empreintes digitales fait son chemin. Le tout est très bien documenté, ce qui fait certainement la force de ce roman. Les pionniers de cette approche scientifique du crime sont même méprisés par la police locale. Tout n’est pas encore gagné en cette année 1897 pour que la science s’invite dans les commissariats. Le trio opère donc sur le bateau-morgue qui mouille sur le Rhône et où s’opèrent les autopsies en rejetant les différentes humeurs dans le fleuve. Ce bateau très intrigant est un personnage à lui tout seul dans le roman. J’ai trouvé le sujet de ce roman très intéressant et j’ai appris plein de choses à propos du début de la médecine légale.

J’ai aussi pu découvrir le Lyon de la fin du XIXe siècle. Je ne connais pas la ville mais on s’y croirait. Fourvière, les traboules, les bouchons, tout est retranscrit de belle manière. Je suis sûre que cela plaira encore davantage aux connaisseurs. La forme est assez classique et le style est un peu ampoulé à cause de l’époque évoqué. Le roman se lit facilement malgré quelques dialogues brouillons.

Mais, revenons à l’intrigue. Si on ne parle pas encore de serial killer à l’époque, on en a bien un ici qui n’a rien à envier à Hannibal Lecter. Il tue des jeunes filles qui viennent de tenter de se faire avorter et leur arrachent leur fœtus en semant des messages. Sous couvert de détails sordides, l’autrice nous embarque dans une véritable traque. C’est un vrai polar historique malgré quelques incohérences. Il y a du suspense, des rebondissements et des meurtres. L’enquête n’est pas menée par des policiers à proprement dit mais par les deux médecins qui échafaudent des théories à partir des indices recueillis et qui mènent un vrai travail d’investigation, pourtant entravé par la police locale. L’intrigue est assez maîtrisée au début mais plus le roman avançait, plus elle prenait des chemins tortueux. Les invraisemblances se multipliaient et j’ai dû plusieurs fois revenir en arrière pour m’y retrouver et pour ne pas confondre les personnages.

Les personnages justement, je les ai trouvés assez caricaturaux et la tournure que prennent leurs relations m’a quelque peu déçue. Ce côté assez stéréotypé permet néanmoins d’aborder des sujets de société actuels à travers le personnage d’Irina, une jeune femme indépendante dans une société profondément patriarcale. Portant le pantalon, elle se fait par exemple arrêtée par la police car elle ne se trouve pas en possession d’une permission de travestissement. Et oui, cela a vraiment existé ! :-O Le roman met surtout en avant les faiseuses d’anges et leur pratique clandestine de l’avortement qui fait froid dans le dos vu les techniques employés (une aiguille à tricoter ou encore de l’eau plombé). Un sujet terriblement actuel malheureusement à l’heure d’une remise en question de cet acquis et du droit de la femme à disposer de son corps.

Bref, malgré quelques bémols sur l’intrigue policière et sur la forme, j’ai été littéralement embarquée par l’ambiance de ce polar historique dans ce Lyon à l’aube du XXe siècle. On y découvre les prémices de la médecine légale et des précurseurs de l’anthropologie criminelle avec plaisir. C’est l’occasion également d’aborder des sujets de société importants. Une vraie réussite sur ce plan ! J’ai été réellement captivée par les techniques de l’époque et leur désir d’ouvrir une nouvelle voie afin d’élucider les enquêtes policières. Un véritable voyage dans le temps ! Une très belle surprise d’autant qu’il s’agit d’un premier roman… Je me réjouis de découvrir le prochain roman de l’autrice dans lequel Félicien et Bernard reprennent du service 😉

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Les suppliciées du Rhône, Coline Gatel
Éditions Préludes, 337 pages
Date de parution : 15 septembre 2018

5 commentaires sur “Les suppliciées du Rhône – Coline Gatel

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