Le paradoxe d’Anderson – Pascal Manoukian

Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd’hui autour d’un roman de la rentrée littéraire dans un format de chronique un peu spécial. En effet, j’ai répondu à l’appel d’Aurélie du blog deslivresetmoi7 qui a décidé de lancer un petit club de lecture virtuel. Le principe est simple : chaque premier lundi du mois, elle propose un thème et chaque membre du Club choisit et lit un roman correspondant à ce thème puis répond à deux questions :

  • Pourquoi avoir choisi ce titre ?
  • Qu’avez-vous pensé de votre lecture ?

Rendez-vous le 1er octobre pour le bilan de septembre sur son blog !

quatrieme_couverture

Plus rien n’est acquis. Plus rien ne protège. Pas même les diplômes.

À 17 ans, Léa ne s’en doute pas encore. À 42 ans, ses parents vont le découvrir. La famille habite dans le nord de l’Oise, où la crise malmène le monde ouvrier. Aline, la mère, travaille dans une fabrique de textile, Christophe, le père, dans une manufacture de bouteilles. Cette année-là, en septembre, coup de tonnerre, les deux usines qui les emploient délocalisent. Ironie du sort, leur fille se prépare à passer le bac, section « économique et social ». Pour protéger Léa et son petit frère, Aline et Christophe vont redoubler d’imagination et faire semblant de vivre comme avant, tout en révisant avec Léa ce qui a fait la grandeur du monde ouvrier et ce qui aujourd’hui le détruit.

L'avis

Pourquoi avoir choisi ce titre ?

Pascal Manoukian est un auteur que je suis depuis son premier roman Les échoués (Don Quichotte). Pour ce dernier, il a reçu le Prix Première 2016 (prix décerné par une radio éponyme en Belgique pour un premier roman) et ayant moi-même fait partie de ce jury une année, je fais confiance à ces jurés lecteurs. Je me suis donc naturellement jetée sur son dernier roman édité cette fois chez Seuil : Le paradoxe d’Anderson. L’auteur le résume comme suit :

« Il raconte la peur que nous avons tous de ne plus pouvoir un jour faire tourner toutes les petites assiettes comme dans un numéro de cirque. Les assiettes, ce sont l’éducation des enfants, le travail, le vieillissement des parents, les crédits, les impôts, le loyer… Souvent, il suffit qu’une petite assiette vacille pour que tout s’effondre. »

Intriguant, non ? Cela donne le ton !

Qu’ai-je pensé de cette lecture ?

Après avoir suivi le destin de plusieurs migrants dans Les échoués et après nous avoir plongé au cœur de Daesh dans Ce que tient dans ta main droite t’appartient, Pascal Manoukian aborde avec brio un autre sujet de société important, plus proche de nous : le déclassement social. Alors je vous préviens, si vous êtes un peu déprimé ou si vous aimez les romans feel good, ce roman n’est pas fait pour vous : l’optimisme n’est pas au rendez-vous ! :-p C’est un vrai roman social sur une chute rapide aux enfers dans la misère sociale sur fond de délocalisations, de mondialisation et de lutte des classes.

« Le paradoxe d’Anderson est un paradoxe empirique selon lequel l’acquisition par un étudiant d’un diplôme supérieur à celui de son père ne lui assure pas, nécessairement, une position sociale plus élevée. » (Wikipedia)

Ouvriers dans l’Oise, Aline et Christophe perdent leur emploi coup sur coup et se retrouvent sans aucun revenu du jour au lendemain. La chute est rapide… Pour ne pas perturber leur fille qui passe son bac économique (ironie du sort !), ils décident de ne pas en parler à leurs enfants et cela mène à plusieurs scènes rocambolesques. L’auteur a le don de décrire de petits moments de la vie quotidienne, il a l’œil pour capter ses scènes et les retranscrire dans ses romans. Par exemple, cette scène où un huissier vient chez eux et la mère lui demande de faire semblant de s’intéresser à la construction d’une piscine pour détourner l’attention.

L’auteur dresse donc ici le portrait de la machine à broyer économique, l’humain est mis de côté et l’ouvrier local est dévalorisé. Le moral est en berne dans la famille et pourtant, ils font tout pour faire bonne figure et imaginent des combines pour s’en sortir ce qui donne lieu à des situations ubuesques. Le petit bémol ? Des scènes invraisemblables et je me suis demandée parfois comment la fille de 17 ans ne se rend compte de rien. Les aventures de « Bonux et Tide » sont quand même tirés par les cheveux mais elles m’ont fait rire et je ne m’attendais pas aux différents rebondissements de l’intrigue. La fin est aussi très réussie et m’a marqué, on se retrouve un peu assommée en le refermant !

Pascal Manoukian sait aussi créer des personnages, on s’y attache de manière indéniable et on vit avec eux leurs angoisses. Poignant ! L’écriture est toujours aussi simple et efficace. D’un style fluide, l’auteur donne une voix, une nouvelle fois, aux oubliés de nos sociétés actuelles.

Bref, ce roman est un vrai cri sur ce qu’est devenu la France profonde aujourd’hui et contre les délocalisations qui mènent à une telle misère sociale dans un milieu durement touché. C’est pessimiste mais certaines situations très concrètes prêtent à sourire et les personnages sont toujours aussi bien dépeints. L’auteur parvient à dresser un portrait social cruel mais d’une justesse incroyable du monde ouvrier.

tampon_recommander

Le paradoxe d’Anderson, Pascal Manoukian
Éditions du Seuil, 304 pages
Date de parution : 16/08/2018

Publicités

9 commentaires sur “Le paradoxe d’Anderson – Pascal Manoukian

Ajouter un commentaire

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑

Ô grimoire !

Des livres, des livres et encore des livres...

Lunivers dune lectrice

“L'acte d'écrire peut ouvrir tant de portes, comme si un stylo n'était pas vraiment une plume mais une étrange variété de passe-partout.” Stephen King

LIRE ET PLAISIR

Pour partager, ensemble, le plaisir de la lecture

The Eden of Books

Blog littéraire - Chroniques des lectures d'une bibliothécaire belge

amandineisreading.wordpress.com/

Les chroniques d'Amandineisreading

Tea Time in Bloomsbury

“If you are cold, tea will warm you; if you are too heated, it will cool you; If you are depressed, it will cheer you; If you are excited, it will calm you.” ― William Ewart Gladstone

A livre ouvert

Le blog littéraire de toutes vos idées lectures !

L'épaule d'Orion - blog de SF

-I've read things you people wouldn't believe-

Christlbouquine

Un blog pour lire et partager...

Le blog NetGalley

La page des lecteurs qui recommandent et font la différence.

%d blogueurs aiment cette page :