[Elle & Lui] Rencontre avec Olivier Norek

Bonjour à toutes et à tous ! Ce mardi 11 septembre, nous nous sommes tous les deux20180913_180133.jpg rendus à la bibliothèque Pierre Perret de Waremme pour une rencontre avec Olivier Norek. Ancien flic, il s’est mis à l’écriture il y a quelques années et en est à son quatrième roman paru chez Michel Lafon : Entre deux mondes. La rencontre était animée par Déborah Danblon, de la librairie « La licorne » à Uccle.

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’Olivier Norek n’a pas besoin de questions pour parler de ses livres, de son métier et des problématiques socio-politiques qui lui tiennent à cœur. Il est intarissable, passionnant et la rencontre a ainsi duré près d’une heure et demie. Voici un compte-rendu (raccourci) de la rencontre 😉

DéborNorek_au_Cellier_07309.jpgah Danblon : Pourriez-vous vous présenter à vos lecteurs

Olivier Norek : Je m’appelle Olivier Norek et j’ai 43 ans. Après une filière philo, je suis parti plusieurs années en missions humanitaires et en missions d’urgence. J’étais très jeune et j’ai été confronté à des images terribles dans des pays en guerre. J’ai ensuite voulu trouvé un job tourné vers les autres et je suis devenu flic pour protéger les citoyens jusqu’à atteindre le grade de lieutenant.

Un jour, j’ai reçu un mail concernant un concours de nouvelles pour le site aufeminin.com, j’ai participé et je suis arrivé en troisième place. C’était un envoi anonyme et vu le style féminin de la nouvelle, ils s’attendaient à voir débarquer une gamine de dix-sept ans et pas un flic de 43 ans à la mine déterrée ! Deux éditrices présentes ont alors trouvé qu’il serait intéressant de raconter le quotidien d’un flic du 93 avec une certaine sensibilité féminine.

Je ne voulais pas écrire un témoignage de mon quotidien de flic, je préférais écrire un polar impliquant un flic du 93 mais avec beaucoup de sentiments. Dans mes romans, j’aime parler de sujets de société mais 300 pages dessus, non ! Ce n’est pas marrant pour le lecteur et je le perdrais au bout de 50 pages. J’ai besoin d’écrire un vrai page turner, une histoire d’aventure avec des rebondissements et des cliffhangers pour que le lecteur soit tenu en haleine tout en parlant de sujets socio-politiques graves comme l’état des prisons ou la crise migratoire. Le côté ludique du polar permet de parler de sujets graves qui font peur aux gens.

D.D. : Auriez-vous pu écrire Entre deux mondes avant les trois premiers de la série Coste ?

O.N. : Mes trois premiers romans parlent de mon quotidien, de ma vie de flic. Celui-ci est venu après car je n’aurais pas pu aborder un sujet si sensible sans maîtriser ma plume, comme m’ont permis de le faire mes romans précédents. J’ai eu trois moteurs pour l’écriture de ce livre. Le premier est un peu honteux : en regardant la télé et en entendant leur sémantique anxiogène sur la « vague » de migrants actuelle, j’ai ressenti de la peur mais je me suis aussi rappelé que Norek c’est polonais et que je suis un descendant d’immigré. La meilleure façon de combattre la peur c’est le savoir, je me suis donc immergé dans la Jungle de Calais pour vaincre l’ignorance. Enfin, le dernier moteur était la dimension romanesque : je voulais créer une intrigue dans le seul lieu où les policiers ne vont pas. Dans la Jungle, les cinq piliers de l’enquête judiciaire (témoins, ADN, empreintes, réseaux sociaux et téléphone) ne sont pas accessibles et donc on ne peut pas y enquêter.

Je suis entrée dans la partie soudanaise du camp et j’y ai recueilli des témoignages des migrants. Comme dans une infiltration de police, la première étape était d’observer l’environnement et d’en découvrir les codes.

En regardant les infos, nous sommes face à une masse migratoire anonyme qui ne nous touche pas car on parle de nombre. Moi, je raconte l’histoire de trois personnages, leurs espoirs, leurs voyages et leurs peurs. On ne pourra pas les oublier si facilement, c’est le principe du véhicule empathique. Adam, le personnage principal, est ici ce véhicule empathique en cherchant sa femme et sa fille alors qu’il a dû fuir la Syrie. Ce ne sont plus des migrants mais des gens qui ont eu le même réflexe que nous, en Europe, durant la Seconde Guerre mondiale.

Ce qui rend fou dans la Jungle, c’est l’ennui. Dans le roman, Adam ne devient pas fou en consacrant son énergie à enquêter sur deux meurtres. J’ai eu l’idée de cette intrigue en lisant le livre Dernier meurtre avant la fin du monde (de Ben H. Winters, ndlr).

D.D. : Comment construisez-vous vos personnages ?

O.N. : Je n’aime pas forcer le lecteur à imaginer les personnages comme je les vois. Je n’ai inventé aucun personnage, aucune anecdote, tout est inspiré d’histoires vraies et de témoignages sauf l’enquête policière. Quand on est flic, on a besoin d’un pare-balles émotionnel, on ne peut pas se laisser envahir par nos sentiments. A l’inverse, le romancier doit se laisser envahir par ses sentiments, par l’empathie pour retranscrire au mieux l’émotion, comme on l’a vécue, au lecteur.

D.D. : Et le Capitaine Coste, d’où vient-il ?

O.N. : Coste c’est le patronyme le plus donné en Aveyron, d’où je viens et Victor est le prénom de mon petit frère. Je donne toujours des noms des gens que j’aime le plus à mes personnages : à mes héros ou à ceux que je vais tuer !

D.D. : L’écriture a-t-elle été un exutoire pour vous ?

O.N. : Avant d’entrer dans la police, j’avais déjà tout un terrible bagage suite à mes missions dans des pays en guerre. Je n’ai donc pas eu besoin d’un exutoire.

D.D. : Comment écrivez-vous ?

O.N. : Je pars d’un sujet socio-politique que je trouve important puis je crée l’intrigue autour. Je n’écris pas la première phrase sans avoir le déroulé précis de tous les chapitres et la structure. Je suis très méticuleux. J’écris en connaissant la fin car je la trouve très importante, je n’ai pas envie de provoquer l’effet de « Tout ça pour ça ?! ». Ce concept me fait peur : rien dans les 200 dernières pages ne doit surpasser la fin en termes d’émotion.

Déborah Danblon a alors donné la parole aux lectrices et aux lecteurs présents.

Lectrice : Pendant l’écriture du roman, ne déviez-vous pas par rapport à votre idée de départ sur un personnage ?

O.N. : Pas du tout ! Certains auteurs disent : «  Mon personnage m’a emmené où je ne m’y attendais pas ». J’ai envie de leur dire, c’est toi qui tiens la plume ! J’ai mes personnages très étoffés dans un sillon bien tracé, j’écris une nouvelle de quelques pages pour chacun. Ainsi, il m’est déjà très familier avant de l’intégrer dans le bouquin.

Pour moi, la surdescription est un ennemi du page turner. Je ne veux pas parasiter l’imagination du lecteur. Le personnage est décrit par ce qu’il est et ce qu’il fait et pas par ce à quoi il ressemble.

Lectrice : Comment avez-vous été accueilli dans la Jungle ?

O.N. : Le vrai Adam est venu m’aborder alors que j’observais la Jungle depuis une dune et il a trouvé l’idée du roman géniale. Il trouvait que c’était la bonne façon de parler d’eux. Au début, il répondait à plusieurs interviews par jour mais les reportages à la télé n’ont pas beaucoup d’impact.

D.D. : Quelques recommandations de lecture ?

O.N. : Police de Hugo Boris, L’histoire sans fin de Michael Ende et Le parfum de Patrick Suskind.

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La rencontre s’est terminée sur ces recommandations mais elle aurait encore pu durer. Avec son franc parler habituel, Olivier Norek a abordé des sujets graves qui lui tiennent à cœur et en particulier celui de l’immigration avec son roman Entre deux mondes. Ces propos amènent à la réflexion et il sait de quoi il parle car il s’est immergé dans la Jungle aux côtés des migrants pendant plusieurs semaines. Il ne fait pas d’angélisme et ouvre le débat sur un sujet sensible et d’actualité.

À la fin, on a pu faire dédicacer notre roman Territoires, deuxième volet de la trilogie Coste. On en a profité pour lui demander le sujet de son prochain roman, il impliquera une fliquette qui a eu le visage arraché et abordera l’acceptation de soi. C’est un auteur très sympathique et s’il passe près de chez vous, n’hésitez pas à aller l’écouter.

Merci à Olivier Norek pour sa gentillesse et sa disponibilité et à la bibliothèque Pierre Perret de Waremme pour cette rencontre !

 

 

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