Grand frère – Mahir Guven

Suite à notre sympathique rencontre avec Mahir Guven dans notre librairie préféré, j’ai enfin lu ce premier roman qui traite de l’ubérisation de notre société et du retour impossible des jeunes partis au djihad en Syrie. Il a récemment reçu le Prix Première 2018 qui récompense un premier roman francophone et il est nommé pour le Prix Goncourt du premier roman (je croise les doigts pour lui !).

La quatrième de couverture

Grand frère est chauffeur de VTC. Enfermé onze heures par jour dans sa « carlingue », branché en permanence sur la radio, il rumine sur sa vie et le monde qui s’offre à lui de l’autre côté du pare-brise.

Petit frère est parti par idéalisme en Syrie depuis de nombreux mois. Engagé comme infirmier par une organisation humanitaire musulmane, il ne donne plus aucune nouvelle.Ce silence ronge son père et son frère, suspendus à la question restée sans réponse : pourquoi est-il parti ?

Un soir, l’interphone sonne. Petit frère est de retour.

Mon avis

Ce qui frappe directement en commençant le roman, c’est l’écriture parfum bitume, comme la qualifie l’auteur lui-même. Le style est très particulier, Mahir Guven imprime sa patte dès le début. On est cueilli par un style très parlé avec des phrases courtes et percutantes telles des punchlines à chaque paragraphe. Les deux jeunes personnages parlent comme toute une génération et s’expriment avec leur vocabulaire propre « énergique et vivant » : un mélange d’arabe, d’anglais et de verlan. Je rassure tous ceux qui se sentent déjà perdus, l’auteur a prévu un petit glossaire bien pratique à la fin du roman. Il n’est toutefois pas nécessaire de s’y référer à chaque page car le contexte est très souvent suffisant pour nous éclairer sur le sens d’un mot. J’ai beaucoup aimé ce style très affirmé et j’ai trouvé cela audacieux pour un premier roman. Je vous livre ici un court extrait du premier chapitre afin que vous puissiez l’apprécier :

« Le départ du petit frère, ça a démoli le daron. Suffit de compter les nouvelles rides au-dessus de son monosourcil pour comprendre. Toute sa vie, il a transpiré pour nous faire prendre la pente dans le bon sens. Tous les matins, il a posé son cul dans son taxi pour monter à Guantanamo ou descendre à la mine. Dans le le jargon des taxis, ça veut dire aller à Roissy, ou descendre à Paris, et transporter des clients dans la citadelle. […] La dalle, le ventre vide, la faim ? Sensation inconnue. Toujours eu du beurre, parfois même de la crème dans nos épinards. » (p. 9)

Comme vous l’aurez compris, le père franco-syrien est chauffeur de taxi et a travaillé toute sa vie pour s’intégrer et pour ses deux fils. Les deux frères sont les héros de ce roman, ils se débrouillent comme ils peuvent dans cette France qui leur paraît hostile. L’un est chauffeur de VTC (ce qui ne plaît pas à son père évidemment) tandis que l’autre tourne mal et s’embarque pour la Syrie, dans un but humanitaire croit-il.

Les chapitres alternent, à la première personne, entre le Grand frère et le Petit frère. On se retrouve ainsi dans leur tête et on comprend mieux leurs motivations et leurs destinées à tous les deux. Grâce à ces deux personnages qui ont choisi deux voies très différentes, l’auteur aborde des sujets brûlants d’actualité comme l’ubérisation de notre société, la précarité de certains travailleurs, le terrorisme, l’impossible retour des jeunes de Syrie. Ce sont tous des sujets qui m’intéressent et j’ai beaucoup aimé la manière dont l’auteur les aborde dans ce roman à travers la voix de ces deux jeunes. C’est aussi un roman sur la famille et sur ce père immigré qui a élevé seul ses deux fils dans un amour inconditionnel. L’histoire aussi de cet amour fraternel qui est poignante, les retrouvailles entre les deux frères va mener à un feu d’artifice à la fin du roman. Sans rien vous révéler, on n’a pas envie que le roman se termine de cette façon mais l’auteur ne nous épargne rien et on quitte avec regret ces deux frères.

Pour conclure, vous aurez compris que je vous recommande chaudement ce roman au style drôle et incisif qui s’inscrit complètement dans l’air du temps.

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Grand frère, Mahir Guven
Editions Philippe Rey, 272 pages
Date de parution : 05/10/2017

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